Psychisme    Méthodologie

2/ UN MODÈLE DU PSYCHISME

Patrick Juignet, Psychisme, 2013.

Nous allons proposer dans cet article un modèle du psychisme au sens d''un ensemble conceptuel fermé, qui forme un tout cohérent et utilisable dans la pratique. 


Les fonctions principales

Nous appelons "fonctions", les processus actifs aboutissant à donner des capacités à l'individu. Le psychisme humain a cinq fonctions principales.

La fonction de contrôle : Il s'agit de la fonction qui limite l'excitation et qui permet une modération des réponses (verbales ou motrices) ainsi que des manifestations émotionnelles (en particulier de l'angoisse). Elle se met en place dans les premières années, sous l'influence des parents et en particulier grâce au rôle d’apaisement symbolisant et de pare excitation du maternage.

La fonction réalitaire : On appelle ainsi ce qui détermine ce qui est considèré comme la réalité concrète et sociale. La désignation de la réalité commence vers 6-8 mois et se poursuit jusqu'à la quatrième année. Au centre de cette fonction se trouve le jugement d'existence associé à ce que Piaget (1967) appelle le schème de l'objet permanent. Ce jugement concerne aussi bien les personnes que les choses concrètes. Il est à signaler que la déficience des premières peut mettre en péril la stabilité de la fonction réalitaire toute entière. En même temps les formes de l'intuition, que sont l'espace et le temps, apparaissent.

La capacité établie permet de reconnaître l’environnement. Celui-ci possède une résistance propre à laquelle il faut se plier si l’on veut arriver à ses fins. Ce principe permet une efficience adaptative. Jugement d'existence, principe de réalité, spatialisation, temporalisation, se combinent en une fonction dont la mise en œuvre est inconsciente. Elle oppose le sujet et le monde externe (les objets). La solidité de la fonction réalitaire varie. Elle est parfois très déficiente.

La fonction représentative  : La possibilité de représentation symbolique (capacité d’imitation d'un référent absent) se construit et se transmet lors des premières années puis se développe avec l'acquisition du langage. Celui-ci permet une communication qui deviendra indépendante du contexte concret et d’une ampleur sans comparaison avec les autres formes de communication. Plus généralement, l'émergence du niveau cognitivo-représentationnel vient remodeler le psychisme et lui donner ses contenus et ses processus caractéristiques.

La capacité cognitive d’ordonnancement : Cette capacité permet l'intégration de l'ordre qui règle le rapport à l'autre (régi par des principes), qui situe la naissance (inscrite dans un lignage), qui organise le rapport sexuel (limité par l'interdit de l'inceste) et enfin qui ordonne le réseau familial (liens de parenté). Pour plus de précision voir l'article sur l'ordre symbolique et la loi constitutive

L’intégration des règles de conduite sociale provoque une réorganisation fondamentale du psychisme. L’assimilation des liens de parenté, de l’ordre générationnel et de la fonction du père, puis l’intégration des deux interdits fondateurs celui du meurtre et de l’inceste et, enfin, la saisie de l’altérité et de la nécessité de l’échange, constitue des formes primitives qui ordonnent les structures fantasmatiques et remanient le surmoi.

La fonction imaginative : La fonction imaginative résulte des processus primaire et secondaire (dans des proportions diverses) et des capacités de représentation, en particulier la représentation imagée. Elle traduit de manière variable les tendances pulsionnelles et des schèmes inscrits dans le ça. Le fonctionnement imaginatif se manifeste dans le jeu chez l’enfant, dans les diverses formes de mentalisation (rêves, rêveries, fantasmes, histoires, illusions, hallucinations, etc.) et dans les formes culturelles élaborées que sont les arts. Ce fonctionnement donne aussi des conduites qui, dans certains cas, sont la mise en acte directe de scénarios imaginaires. L’image et la pensée magique (symboliste) jouent un grand rôle dans le fonctionnement imaginaire. Les processus tels que déplacement et condensation sont des processus imaginaires. Ce dernier est principalement guidé par le ça, même si les autres instances y contribuent.

Les processus

Il s'agit des processus cognitifs de traitement des représentations concernant soi, le monde et la vie relationnelle. On peut aussi dire que ce sont des modes de fonctionnement de l'appareil psychique comme l'écrivent Laplanche et Pontalis (1967). Ils sont plus ou moins élaborés. En l'état actuel des connaissances, on considère deux processus : le primaire et le secondaire. Pierra Aulagnier a proposé d’en rajouter un troisième plus archaïque. Selon le processus dominant, les scénarios imaginatifs, les rêves, les associations, les conduites, prennent des tournures différentes.

Le processus primaire
: Dans le processus primaire, les représentations sont simples, il n'y a pas de temporalité, elles sont traitées selon le mode du tout ou rien sans nuance ni partage. Il n'existe ni principe de non-contradiction (les contraires peuvent coexister) ni d’organisation temporo-spatiale classique, et l’information est traitée par déplacement et condensation. Il y a une labilité de l'investissement qui peut se déplacer. Cela permet les contre-investissements (investissement d'une tendance contraire). Ce mode de fonctionnement ne suit pas le principe de réalité mais, au contraire, le principe de plaisir à la recherche d'une satisfaction immédiate.

Le processus secondaire
: Dans le processus secondaire, les représentations sont nuancées, il y a une temporalisation, et un principe de non-contradiction. L'investissement est lié et durable. Il suit le principe de réalité et organise des détours pour satisfaire le désir, lorsque les contraintes concrètes l'imposent. Les investissements sont liés (fixes) et modérés. Le degré de recouvrement du primaire par le secondaire varie selon l'âge, les circonstances, et la forme d'organisation psychique.

Le degré de recouvrement de l'archaïque par le primaire et du primaire par le secondaire varie donnant des types de personnalité différents. Il reste encore de gros progrès à faire pour mettre en évidence les "logiques" (les formes d'enchaînements cognitifs) à l'œuvre dans ces processus cognitifs.

Il y a une mixité neurobiologique et représentationnelle des processus, ce qui est logique puisque le psychisme est fondamentalement mixte. Les mouvements affectifs liés aux processus sont compris comme des déplacements de l'investissement pulsionnel ou libidinal, mais cette énergie supposée n'a pas d'existence propre, elle est entièrement supportée par des processus neurobiologiques et endocriniens. 

Il est souhaitable de départager autant que faire se peut les aspects  cognitivo-représentationnels des aspects neurobiologiques, car si les seconds demande une énergie émotionnelle, transférentielle, pour bouger, les premier demandent un décryptage efficace pour changer. Les deux sont liés dans les "processus", mais ils sont différents.

Les constituants

Ce sont des ensembles restreints présentant une unité même s’ils sont composés d’éléments multiples.

Les imagos : Pour constituer les éléments de base de la structure psychique, les imagos n’en sont pas moins complexes. Elles ont trait à soi et aux autres (les parents, les collatéraux). Ce sont des centres intégrateurs qui se constituent par couches successives, les plus récentes prenant le pas sur les plus anciennes. Ces formes sont complexes et portent sur des aspects différents : le corps, les signes de sexuation, la qualité (bonne ou nocive), la puissance. Les imagos sont composés à partir de certains éléments de la réalité et des exigences pulsionnelles.

Les structures fantasmatiques :  Les structures fantasmatiques sont produites selon les processus, primaire ou secondaire, liant entre elles les imagos et intégrant à des degrés divers les défenses. Ces structures mettent dans des rapports variables l'objet et les imagos. Les structures fantasmatiques investies par les pulsions sont mobilisatrices et gouvernent les relations. Ces structures ou schèmes sont complexes, souvent constituées de couches superposées au fil de l'évolution individuelle.

On peut donner l'exemple des fantasmes archaïques oraux organisent les rapports entre deux imagos : imago de soi et imago maternelle sous la forme de rapport de dévoration, incorporation, anéantissement. Les structures œdipiennes organisent des relations sexualisées entre parents et enfants et concernent trois imagos, celles du père, de la mère et de l’enfant. Elles sont destinées à être progressivement désinvesties.

En arrière-fond de ces structures se trouvent des schèmes indiciels, c'est à dire des schèmes mis en route par des indices perçus (comme les formes du corps, des formes animales et autres). Nous sommes là dans une couche profonde à la jonction avec le neurofonctionnel.  

Note : L’intériorisation de séquences interactives (du domaine relationnel) constitue une grande part de ce qui est appelé psychisme. Ces schèmes qui s’inscrivent soit sous une forme neurobiologique pour les plus primitifs, soit sous une forme cognitivo-représentationnelle pour les plus élaborés.  Ces schèmes mémorisés, qui sont inconscients, constituent un bonne partie de l’instance nommée le ça. Dans la mesure où ils sont remaniés et transformés on parle de structures fantasmatiques. Il s'agit de situations interactives intériorisées mais comportant des remaniements d'origine interne.

L'objet : C'est une imago investie liée à une structure fantasmatique qui polarise le désir et dont la mise en jeu entraîne une satisfaction d’ordre libidinale ou narcissique. Il existe différents types d'objets selon le degré de l'évolution psychogénétique. L’objet est un élément de la structure psychique lié à la dynamique pulsionnelle et façonné par les structures fantasmatiques. Les personnes concrètes, qui permettent de construire l’objet (les parents réels) ou ultérieurement correspondant à des choix pour concrétiser l'objet (les autres réels), doivent être bien distinguées de l'objet comme élément psychique. Nous les appelons les référents objectaux. Ces référents objectaux entrent dans une relation dialectique extrêmement complexe avec l’objet.

Les instances

Ce sont des systèmes complexes dont la formation progressive explique la constitution de la personnalité.

Le ça : On y regroupe les pulsions et les structures ou schèmes relationnels.

La pulsion est une entité née du biologique apportant une énergie et une orientation. Elle représente « dans le psychisme les exigences d’ordre somatique » (Abrégé de psychanalyse, 1938). La pulsion d’origine biologique génère les forces à l’œuvre dans le psychisme, elles sont la cause ultime de toute activité. Le ça est constitué par les pulsions organisées dans des formes structurées par les évènements de la vie (voir au dessus les structures fantasmatiques). Autrement dit, ce qui vient du biologique y prend une forme plus élaborée, psychique, dit Freud.

Pour nous l'homme doit être conçu sans dualisme. Il y a donc une continuité bioreprésentationnelle au sein du psychisme. Les mouvements affectifs, compris comme des déplacements de l'investissement,  (pulsionnel, libidinal), sont  supportée par des processus neurobiologiques et endocriniens. Parler de pulsion et d'investissement est légitime car nous n'avons pas connaissance précise de ces processus. C'est une manière de les saisir et d'en tenir compte, en se situant à un niveau de description différent du neurobiologique. C'est une vue en surplomb, une description ensembliste de niveau supérieur sans prétention réaliste.

Le terme de pulsion désigne l’origine de l’investissement énergétique des éléments psychiques et la poussée générale, la force dynamique qui est à l’origine des actions. C'est un concept qui note l’imbrication du biologique et du représentationnel. On considère deux grands types de pulsions, les pulsions libidinales et les pulsions agressives. Selon qu’elles se portent sur soi ou sur l’objet on les qualifie de narcissiques ou objectales.

Dans le ça, les pulsions sont liées à des structures fantamatiques (des schèmes)  construits par les relations pendant l'enfance et sont régies par le processus primaire et le principe de plaisir. Les structures (ou schèmes) qui organisent et gèrent les pulsions se constituent précocement au cours de la psychogenèse et se remanient jusqu'à l'adolescence.  Ce sont des schèmes relationnels stockés en mémoire et qui, une fois constitués, sont stables ("l'inconscient ignore le temps").   C'est ce qui fait la particularité du ça, une fois constitué il est insensible au temps et à la réalité, c'est-à-dire qu'il est spontanément immuable.

C’est à cette liaison entre pulsions et schèmes relationnels qu'on attribue la détermination des conduites de positionnement par rapport aux autres, sexualité, nutrition (oralité,analité), prédation, violence, et dans laquelle la part représentationnelle et la part biologique sont difficilement départageables. Il se forme un mixte et, ce qui se manifeste factuellement (qui est cliniquement repérable), est l’expression de ce mélange.

Le moi : Le moi a une fonction de régulation et de contrôle. Son rôle principal est de gérer des exigences diverses et contradictoires : exigences pulsionnelles par rapport à celles de la réalité, rapports antagonistes des instances entre elles (ça/surmoi/idéal du moi). Il permet l’auto-observation et la prise de distance ; c’est donc lui qui permet une certaine connaissance de soi. Le moi utilise à son profit le processus secondaire, la fonction réalitaire (avec en particulier le principe de réalité), la fonction symbolique, et certains mécanismes de défense. Il a un rôle régulateur de l’action qu’il diligente ou qu’il inhibe. Il émet des signaux d’alerte devant ce qui est considéré comme un danger, le plaisir ou le déplaisir. En fonction de l’alerte, il se mobilise pour militer en faveur de la dynamique psychique en cours ou pour lutter contre. Même si on le distingue du soi, il forme un système très complexe. Il régule, rectifie le fonctionnement psychique. Par exemple il tempère les effets irréalistes des mécanismes de défenses. Ce qui le caractérise spécifiquement, c’est de gérer l’ensemble du fonctionnement psychique considéré dans son ensemble et malgré les divergences existant au sein même du psychisme.

Le soi : Pour notre part nous distinguons le soi du moi, considérant le soi comme l'instance identitaire. Cette instance est centrée par l'imago de soi-même, plus ou moins investie, et selon des modalités différentes, ce qui correspond au narcissisme primaire et secondaire. À partir de l’imago de base (identification primaire) le soi se constitue par des identifications successives (identifications secondaires). Le soi a des fonctions qui en font une instance à part entière. Il a d’abord un rôle de synthèse qui permet l'unification et l'individuation. Le fondement de l’identité est constitué par le corps entendu ici comme élément psychique ayant une unité, une limite, des caractéristiques. L’identification primaire, fondatrice du soi vient de la constitution et de l’unification du schéma corporel qui se fait à partir de la réalité somatique. On sait qu’elle renvoie tout autant à l’autre, vis-à-vis duquel le sujet se situe qui joue un rôle formateur essentiel. Ensuite, se met en place la fonction qui assure l'identité, ce qui permet la stabilité de la personne au fil du temps. Le soi est source d’illusion et de méconnaissance par rapport à soi-même, car il en donne une vision transparente, unitaire, valorisée ou dévalorisée, de manière tout à fait irréaliste. En désignant le soi comme instance à part entière nous nous séparons de la conception classique.

Le surmoi : On y place les interdits et les éléments identificatoires issus des parents et de la socioculture. C'est le support de la loi en tant que celle-ci est intégrée, adoptée. On peut distinguer un surmoi archaïque et un surmoi évolué. Le surmoi archaïque né précocement est étroitement lié aux pulsions agressives. Il impose des exigences tyranniques et mortifères à l’ensemble du fonctionnement psychique. Il est lié à des imagos parentales archaïques. Le surmoi évolué se constitue tardivement, après l'œdipe. Il se modifie en intégrant l'ordre symbolique (la loi constitutive)  si bien qu'il n'est plus seulement interdicteur mais aussi un guide. Les identifications issues des imagos parentales idéalisées donnent force aux interdits. Certains conçoivent le surmoi comme une partie évoluée du moi. Le surmoi est en rapport avec l’idéal dont il se sert comme élément de comparaison favorable ou défavorable. Il vient réguler les  schèmes relationnels du ça et constituer de nouveaux schèmes de conduites mais au prix d'un conflit.

L'idéal : Nous rassemblons dans une même notion, le moi idéal, le soi idéal et l'idéal du moi, considérés comme formes voisines évolutives. On peut considérer un idéal archaïque, lié au narcissisme primaire, qui est parfois appelé « moi idéal ». Il regroupe des traits archaïques institués comme modèles, et il fonctionne sans nuance, de manière irréaliste. Dans sa forme évoluée, liée au narcissisme secondaire, l'idéal est appelé dans ce cas « idéal du moi » et devient tempéré. L’idéal est porteur de modèles. Il s'instaure une dynamique de comparaison entre le soi et l'idéal. L’instauration de cette comparaison provoque un mouvement narcissique. En cas de réussite, il y a un investissement du soi et en cas d’échec désinvestissement du soi.

Le fonctionnement d’ensemble

La dynamique : La dynamique décrit le jeu des forces en présence et les antagonismes des instances entre elles. La dynamique correspond au jeu des éléments entre eux. Ces éléments sont ceux que nous avons définis ci-dessus. Opposition, conflit, composition, mise en avant ou repli sont les modalités de cette dynamique. La dynamique dépend des éléments structuraux et de l’économique dans la mesure où on considère que l’investissement des éléments détermine leur importance, leur force dynamique.

La dynamique joue un rôle explicatif important dans la pathologie puisqu’elle permet de rapporter les symptômes au jeu de forces antagonistes (entre pulsions agressives et libidinales), à des interactions conflictuelles entre instances (entre ça et surmoi entre soi et moi) ou a des déséquilibres dans le système, du fait d’un élément manquant ou insuffisant (fonction symbolique ne s’exerçant pas, surmoi absent).

L’économique : L’économique correspond au flux et la force des investissements. L'économique est indispensable, mais c'est une conceptualisation qui reste assez floue car la notion « d’énergie psychique » demeure difficile à définir. C’est un concept quantitatif qui reste purement qualitatif, car aucune mesure n’en est possible.

L’économique est opératoire en ce qui concerne les investissements dits objectaux et narcissiques. Elle rend compte de la mobilisation psychique que les mises en jeu, objectale ou narcissique, entraînent et que l’on explique par les mouvements d'investissement et désinvestissement de l'objet et du soi. Elle rend compte de la puissance des manifestations du ça. Freud attaché à un étayage biologique a distingué les pulsions d'auto conservation qui alimentent les investissements narcissiques et pulsions sexuelles qui alimentent les investissements objectaux. Puis, il y a substitué le dualisme pulsion de vie, pulsion de mort. Si la pulsion est ce qui, à l’arrière plan, génère les forces à l’œuvre dans le psychisme, alors à côté des forces libidinales, il faut postuler des forces destructrices. On peut considérer que chacun des types de pulsion peut alimenter le courant narcissique ou objectal.

Il faut rester prudent sur ce sujet, pour éviter les dérives vers des propos spéculatifs invérifiables. La dimension économique est indispensable, correspond à l'ancrage du psychique dans le neurobiologique qui reste méconnue. Nous employons donc le terme d'investissement de manière floue et pragmatique, de façon à éviter d'avoir à discuter sur l'énergétique, la nature de la libido ou l’étayage neurophysiologique des pulsions.

Il y a fondamentalement une mixité du psychisme. Les mouvements affectifs, sont de manière métaphorique désigné comme énergie psychique, des déplacements de l'investissement. Cette énergie n'a pas d'existence propre qui serait mesurable ou même simplement montrable. La libido, l'investissement, le pulsionnel, l'énergie psychique, sont des termes qui en peuvent prétendre à aucun réalisme. Ils nomment la force motrice qui vient de processus neurobiologiques et endocriniens.

Les mécanismes généraux : En associant les divers types d’explications, on peut retracer les mouvements psychodynamiques. Par exemple on dira que le refoulement survient comme moyen de défense contre l'angoisse, lorsque tel événement, significatif pour le sujet, provoque une poussée pulsionnelle. La psychodynamique est liée à la psychogenèse car tout mouvement est lié à l'histoire, mais elle s'en distingue par l'accent mis sur la dynamique psychologique actuelle et son caractère précis. Elle correspond à la théorisation psychopathologique, c’est-à-dire l'explication donnée pour expliquer le symptôme. Par exemple, dans les névroses, on explique le symptôme par l'échec du refoulement concernant la sexualité, refoulement qui est survenu suite à l'angoisse de castration. La psychopathologie fine s’applique aux cas individuels et permet des prévisions conjecturales.

Les mécanismes de défense : Parmi les processus psychopathologiques, les mécanismes de défense sont souvent distingués. Ce sont des processus particuliers de traitement de l'information destinés à traiter des contradictions entre différentes exigences. Les mécanismes de défense peuvent être régis par les processus primaire et secondaire et selon le cas, prendront des allures différentes. Ils sont nombreux. Donnons comme exemple le déni (consiste à considérer inexistant ce qui gêne), la dénégation (nier la tendance conflictuelle), le clivage (fonctionnement séparé et alterne des différentes composantes psychiques), le refoulement (exclusion de la tendance conflictuelle qui reste active), la projection (attribution à autrui de tendances diverses). Certains de ces mécanismes sont archaïques (déni, clivage, projection) d’autre plus élaborés (dénégation, refoulement). Notons à cette occasion qu’un mécanisme de défense n’est pas pathologique en soi ; il le devient s’il n’est pas tempéré et modéré par la secondarisation.

Une évaluation globale

Comment juger des caractéristiques du psychisme individuel ? En évaluant chaque fonction et système à partir de la clinique. Les fonctions sont-elles efficaces, évoluées et coordonnées entre elles ? Les instances sont-elles archaïques ou bien élaborées ? Quel est l’équilibre pulsionnel au sein du ça ? Il faut aussi juger de la capacité régulatrice du moi, du caractère des structures fantasmatiques et de l’objet. La dynamique est-elle conflictuelle, y a-t-il un déséquilibre d’investissement, les mécanismes de défenses sont-ils archaïques ou élaborés ? Ainsi, différents types de modèles peuvent être distingués.

Les aspects nettement pathologiques du caractère sont dus soit une forme peu élaborée archaïque, soit à un déséquilibre pulsionnel. Quant aux crises bruyantes avec recrudescence symptomatique, elles s’expliquent par une déstabilisation, une « décompensation » du psychisme. L’équilibre dynamique, qui permettait une stabilité et une adaptation des conduites, se rompt.


Pour plus de précision  3/ Psychisme et représentation

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